Comment reconnaître les premiers signes d’un trouble neurocognitif chez une personne âgée ? Quels réflexes adopter pour ralentir l’apparition des maladies neurodégénératives ? Nous avons posé ces questions au Dr Djani, Neuro-Gériatre au Groupe Hospitalier Paris-Saclay, qui exerce depuis plus de dix ans en Île-de-France.

Pourriez-vous vous présenter brièvement et nous partager ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans les pathologies neurologiques liées au vieillissement ?

Dr Djani : Mon choix est né d’un constat de terrain. Le vieillissement de la population française s’accompagne d’un pourcentage élevé de séquelles neurologiques chez les personnes âgées — une population déjà polypathologique, souvent touchée à la fois par des troubles neurocognitifs et des atteintes vasculaires. Pour mieux comprendre le patient âgé dans son ensemble, dans tout son parcours de vieillissement, j’ai complété ma formation initiale en neurologie par une spécialisation en gériatrie, puis par plusieurs diplômes universitaires : la prise en charge de la maladie de Parkinson, et celle des troubles cognitifs et des maladies apparentées. Je suis revenu en région parisienne il y a plus de dix ans, où j’exerce depuis en tant que Neuro-Gériatre au sein d’un service hospitalier.

Quelle est la plus grande difficulté dans votre travail aujourd’hui ?

Dr Djani : Je dirais qu’il y a deux difficultés étroitement liées. La première concerne les patients victimes d’un AVC : il faut souvent trouver une place dans une structure de rééducation adaptée pour permettre une véritable récupération, et la demande est très importante pour cette tranche d’âge. La seconde, c’est l’organisation du retour à domicile lui-même. Environ 30 % des AVC concernent les personnes âgées, une population déjà fragilisée par des troubles neurocognitifs et des atteintes vasculaires préexistantes. Quand un événement aigu comme un AVC s’ajoute à ce handicap déjà présent, un retour à domicile immédiat n’est pas toujours possible dans de bonnes conditions. Il faut alors anticiper, rencontrer la famille et les aidants, planifier et coordonner l’ensemble des intervenants — pour éviter qu’un retour mal préparé ne conduise à une réhospitalisation rapide aux urgences.

Que peut-on mettre en place le plus tôt possible pour réduire le risque de maladies neurodégénératives ?

Dr Djani : Plusieurs actions permettent de ralentir, voire de retarder, la survenue de ces pathologies. D’abord, la stimulation cognitive, pour garder les fonctions du cerveau en éveil. Ensuite, une alimentation saine et équilibrée. Il faut aussi contrôler les facteurs de risque vasculaire, l’hypertension artérielle, le diabète  pour éviter les agressions répétées sur le plan cérébral. Et enfin, lutter contre l’isolement social : sorties, activités familiales et culturelles, en particulier pour les personnes âgées qui vivent seules. Cela permet d’éviter le stress, l’anxiété et la dépression, qui favorisent eux-mêmes le déclin cognitif. Cette prise en charge du quotidien reste, à mon sens, le levier qui a le plus d’impact, avant même le recours aux traitements médicamenteux.

Quels sont les premiers signes d’alerte des pathologies neurodégénératives (type Alzheimer ou Parkinson) que l’entourage et les intervenants à domicile doivent surveiller ?

Dr Djani : Pour l’Alzheimer, plusieurs changements du quotidien doivent alerter. Des oublis à répétition portant sur des événements récents : des rendez-vous oubliés, des objets égarés que le patient cherche sans cesse, ou une pièce dans laquelle il se retrouve sans savoir pourquoi il y est venu. Des difficultés croissantes dans les activités du quotidien aussi : un patient qui gérait bien ses comptes et n’y arrive plus, qui savait cuisiner et n’y parvient plus, qui a du mal à s’habiller correctement ou à respecter les moments de toilette et de repas.

On peut aussi observer un jugement inadapté face à une situation donnée, chez une personne qui tenait auparavant des raisonnements cohérents, ou une perte de repères spatiaux ,difficulté à retrouver son chemin, son domicile, ou l’endroit où le véhicule a été garé. Il y a également le manque du mot : le patient cherche ses mots, n’arrive plus à nommer certains objets. Et enfin, des changements de personnalité : une personne calme qui devient agitée, ou à l’inverse apathique.

Pour la maladie de Parkinson, d’autres signes doivent alerter : des chutes répétées, des tremblements de repos, une lenteur dans l’initiation des mouvements, une marche à petits pas, une perte du ballant des bras à la marche, ou encore une écriture qui se resserre et devient illisible — la micrographie. Un patient qui, par exemple, n’arrive plus à signer correctement un chèque.

Ces observations, en particulier de la part d’un professionnel qui suit un patient depuis un ou deux ans, doivent être signalées à la famille ou au médecin traitant, pour orienter rapidement vers un spécialiste. Un diagnostic précoce permet de mettre en place un projet de soin adapté et de ralentir au maximum l’évolution de la maladie.

Quelles sont les idées reçues les plus fréquentes concernant les séquelles d’un AVC que vous aimeriez corriger auprès du grand public ?

Dr Djani : L’idée reçue que je voudrais corriger, c’est de penser que les séquelles d’un AVC sont uniquement physiques. En réalité, trois conséquences bien moins visibles pèsent tout autant sur la qualité de vie du patient : les séquelles cognitives, plus difficiles à identifier ; le choc émotionnel, avec un risque de dépression qui peut s’installer après l’AVC ; et la fatigue résiduelle, qui s’installe généralement dans les trois à six mois suivant l’épisode. Ce n’est pas anodin : l’AVC est la deuxième cause de démence. Or l’entourage a souvent tendance à ne regarder que le handicap moteur visible, sans percevoir la fatigue, l’anxiété ou le déclin cognitif qui l’accompagnent. C’est une erreur, car ces trois dimensions sont en réalité étroitement liées à la récupération physique : un patient dont le moral est bas, sans énergie, avec des difficultés cognitives, ne pourra pas récupérer aussi bien sur le plan physique.

Retrouvez, dans notre second article, les conseils du Dr Djani pour organiser un retour à domicile en toute sécurité, ainsi que deux souvenirs marquants de sa carrière.

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