Interview exclusive avec Sophie L’Hermite, psychologue clinicienne.

Découvrez l’analyse de Sophie L’Hermite, psychologue clinicienne, sur les troubles psychiques, leurs facteurs, les signes d’alerte et les pratiques d’accompagnement. Un article destiné aux aidants, aux familles et aux professionnels.

La souffrance psychique touche toutes les générations et de nombreux foyers. Pour mieux comprendre les troubles mentaux, leurs causes et les meilleures façons d’accompagner les personnes concernées, nous avons interviewé Sophie L’Hermite, psychologue clinicienne.

Elle partage ici son expérience des troubles les plus courants, des facteurs aggravants et des clés d’un accompagnement efficace et bienveillant.

Qui est Sophie L’Hermite, psychologue clinicienne ?

Sophie L’Hermite est psychologue clinicienne diplômée de l’Université Paris 7 et exerce dans le champ du handicap mental et psychique, notamment en réinsertion sociale et professionnelle.

Elle a d’abord travaillé auprès d’enfants et d’adolescents avant de se spécialiser auprès d’adultes. En parallèle, elle exerce en libéral, reçoit adolescents et adultes en psychothérapie et anime des groupes de parole pour les familles à l’UNAFAM.

Son parcours artistique initial lui permet d’intégrer des médiations artistiques et culturelles dans sa pratique.

Quels sont les troubles psychiques les plus fréquents ?

Selon Sophie, les troubles les plus courants sont :

● l’anxiété, les angoisses et les états dépressifs

● la tristesse profonde et le repli sur soi

● l’isolement et les peurs

● le stress, la perte d’estime de soi et la dévalorisation

● l’irritabilité, voire l’agressivité

● les conduites addictives

● les idées suicidaires

● la perte de repère et de la réalité

Les particularités chez les personnes âgées

Les personnes âgées dépendantes présentent les mêmes troubles, souvent amplifiés par :

● la solitude

● le sentiment d’inutilité

● l’impression d’être abandonnées

● la confrontation à la perte d’autonomie

Ces ressentis fragilisent et renforcent les angoisses liées au vieillissement, à la maladie ou à la dépendance.

Quels facteurs favorisent ou aggravent les troubles psychiques ?

De nombreux facteurs peuvent déclencher ou accentuer la souffrance psychique :

● Isolement social

● Repli sur soi

● Hyperactivité sociale ou consommation de substances

● Difficultés familiales, économiques ou personnelles

● Deuil, séparation, agression, accident, maladie invalidante, chômage,déménagement.

⚠️Des signes d’alerte à ne pas négliger

Lorsque ces facteurs entraînent des comportements inhabituels tels que la tristesse marquée, agressivité, peurs exacerbées, perte de repères, excitation soudaine , ils deviennent préoccupants et Ils révèlent une souffrance psychique nécessitant une prise en charge rapide.

Quelles difficultés rencontrent les personnes en réinsertion sociale ou professionnelle ?

Les personnes en réinsertion vivent souvent :

● une perte d’espoir et de confiance

● une estime de soi diminuée ou incohérente

● la peur de sortir et de rencontrer de nouvelles personnes

● des difficultés d’adaptation

● une difficulté à accepter la maladie et leurs limitations

La réinsertion implique alors de :

● reconstruire les savoir-faire et les savoir-être

● accepter parfois de renoncer à des projets professionnels trop sollicitants

● identifier les aménagements nécessaires

● tenir compte de l’impact psychique, somatique et cognitif des troubles

Comment accompagner une personne en souffrance psychique ?

1. Une prise en charge médicale et psychothérapeutique : Elle est souvent indispensable pour stabiliser la personne et lui offrir un espace d’expression sécurisé.

2. Rompre l’isolement social : Retrouver du lien, sortir, rencontrer des pairs ou participer à des activités est essentiel. C’est souvent une étape majeure vers le rétablissement.

3. Retrouver des activités motivantes : Se sentir utile, retrouver du plaisir à faire quelque chose, s’occuper…

Ces activités permettent de réduire les ruminations et d’apaiser l’esprit.

Les proches et les professionnels doivent aider à identifier ce qui peut raviver les envies et la motivation.

Quel rôle pour les professionnels au quotidien ?

Ils doivent :

● observer attentivement les changements de comportement

● rester calmes et bienveillants

● encourager l’expression des ressentis

● maintenir un lien régulier

● orienter vers un médecin ou un psychologue si nécessaire

● s’appuyer sur les goûts et habitudes de la personne pour relancer une activité

Comment agir face à une personne qui refuse l’aide ou s’enferme dans

le silence ?

Ces situations demandent :

● de la patience

● de la persévérance

● du respect

● une communication régulière, même sans réponse , même silencieuse, la personne entend.

Un animal de compagnie peut parfois faciliter la réouverture au dialogue.

Les outils numériques : utiles ou anxiogènes ?

Ils peuvent être utiles et efficaces pour certaines personnes, à certains moments, mais pas pour d’autres. Tout dépend réellement des individus, de leurs troubles, ainsi que de leurs situations économiques, géographiques, psychologiques et familiales. Cela vaut même pour ceux qui sont habitués à les utiliser et pour qui ces outils font partie du quotidien de leur génération ; on sait d’ailleurs, depuis le Covid, à quel point ils ont parfois pu renforcer l’isolement.

À l’inverse, pour les personnes déjà en difficulté avec ces outils, leur usage accroît le stress et renforce le sentiment d’invisibilité. Il reste donc, sans aucun doute, des solutions à imaginer pour mieux valoriser et encourager le véritable contact social.

Pour Sophie L’Hermite, il est essentiel de privilégier le contact humain et la présence réelle.

Un message fort pour conclure

« La maladie psychique peut être stabilisée, et chacun peut apprendre à vivre mieux avec elle. »

La maladie psychique est douloureuse et plus ou moins longue à stabiliser mais elle peut être endiguée et chacun peut vivre mieux avec, même dans les cas les plus sévères après de longues années d’errance.

Il faut accepter des aléas et donner le temps nécessaire à la personne pour son rétablissement, en favorisant un accompagnement spécifique et adapté pour qu’ elle puisse se reconstruire, et toujours en introduisant des tiers pour éviter un enkystement dans un isolement social et familial.

Rester à l’écoute avec bienveillance, tout en maintenant un cadre clair et soutenant, est essentiel, de même qu’une équipe de soignants tiers qui accompagne aussi les proches aidants.

Les personnes en souffrance présentent souvent une grande sensibilité émotionnelle et méritent d’être mieux connues : les rencontrer est enrichissant tant sur le plan professionnel qu’humain, et le travail conjoint entre aidants et soignants l’est tout autant. Dans notre société actuelle, personne n’est à l’abri d’un « coup dur » ni de ses répercussions.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Call Now Button